Sylas

La légende de l’épée

Période : -665 av J.-C

Samedi 20 décembre 2008, par Olivier // Chroniques d’Actapolis

Pour détendre l’atmosphère dans la colonie, Sylas raconte une nouvelle fois comment il vainquit Parménion et sauva sa Déesse.

La légende de l’épée

Dans une petite crique isolée, protégés des vents, deux trirèmes sont au mouillage sur une mer d’huile. Sur les terres Grecques qui s’étendent à l’ouest, le soleil coule derrière les pins et les grands rochers nus. Des cordages ont été tirés pour réunir les deux bateaux, et sur les deux ponts qui n’en font plus qu’un, les hommes mangent paisiblement en pensant aux femmes qu’ils ont laissé derrière eux...

La mélancolie semble s’être installée parmi les colons mais le vieux Patrocle cherche le moyen de changer les idées de son équipage. C’est alors qu’il aperçoit Sylas, le porteur de l’épée, à la proue du bateau, jouant dans les cordages comme un enfant.

Ce jeune homme enjoué se dit-il, a acquis en l’espace de quelque mois un statut de héros parmi les colons, et a attiré l’attention d’une déesse pour laquelle il brûle d’amour. Il semble chantonner quelque chose, mais de là où il est, Patrocle ne peut l’entendre.

Il souri et interpelle le jeune héros : « héla Sylas, s’il te plait, raconte nous encore la légende de Parménion le maudit, et de Sylas, le porteur de l’épée ! »

« Encore ? Mais je vous l’ai déjà racontée trois fois... »

Quelques hommes le pressent : « Oui Sylas, raconte la encore ! »

« Si vous y tenez mes amis... » et Sylas saute de la proue et viens marcher au milieu des hommes, s’étirant, sautillant comme pour s’échauffer avant son discours.

« C’était il y à plusieurs mois maintenant, peu avant l’été. Comme vous le savez tous, Parménion... »

Sylas crache par terre.

"... le maudit, le damné, le fils d’un dieu et d’une putain avait commis la pire infamie, le pire des blasphème sur la personne de notre déesse... Ce chien, ce demi-dieu plus immonde que le plus immonde des mortels avait frappé de son épée la plus belle et la plus douce des déesses, n’en déplaise à Aphrodite. Actaé, la perfection divine se trouvait profondément abattue par cette atteinte, elle sombrait peu à peu dans la tristesse la plus insondable se demandant comment elle avait pu un jour éprouver de la compassion et de l’amour pour nous, les mortels. De plus, Parménion..."

Sylas crache par terre

« ...le chien, qui connaissait depuis lors le supplice éternel comme punition divine, continuait de la maudire dans sa souffrance, ce qui amplifiait encore la détresse de ma déesse... Avec les quatre braves que vous connaissez tous : notre dirigeant le fier et bien aimé Doros, notre chef de guerre, le jeune mais néanmoins courageux et dévoué Andropos, notre ami Nilmar le Crétois dont la verve est aussi vive que la flèche, et Sarva le combattant aguerri et obstiné »

Les quatre hommes désignés se levent et saluent les colons sous les hourras.

« nous entreprîmes d’aller apaiser la déesse, et si pour cela il nous fallait tuer un demi dieu, hé bien soit ! »

Sylas monte sur une rambarde et prend une inspiration.

"Dans la forêt nous allions, et discrets, nous avancions. Car toutes sortes de créatures rodaient et que par le mal elles étaient pénétrées. Point de chants d’oiseaux, ni de bruits d’animaux. Même le vent avait cessé, car la souffrance l’avait chassé. Nos armures scintillaient, et nos cœurs battaient. Dans le noir se dessinaient des ombres, de bêtes féroces aux yeux sombres. Quand à moi, mon désir était grand, de retrouver celle que je cherchais depuis si longtemps. Cette pensée me réconfortait, et me donnait du courage pour avancer."

Nous arrivâmes bientôt à une clairière, dont le centre était occupé par un arbre immense, haut comme le colosse de Rhodes. Là, nous fûmes bouleversés par le spectacle qui s’étalait devant nos yeux... Sur le sol gisait encore le corps du satyre que Parménion avait décapité et autour de lui se trouvaient également une épée et un bouclier. Bientôt, je levais les yeux et je la voyais :

Sur une souche, Actaée, était aussi belle qu’au jour premier. Mais le souffle coupé, une chose me troublait. Assise sur son rondin de bois, elle m’emplissait d’effroi. Ses yeux couleur de néant, et les ténèbres l’environnant. Aussi vulnérable qu’une jeune fille, et plus encore perdue qu’une enfant.

Pour faire cesser la malédiction que Parménion faisait peser sur elle, nous voulions convaincre Actaée de mettre fin à son supplice et de l’envoyer dans le royaume d’Adès. Mais ma déesse, profondément blessée, refusait de mettre fin aux tourments de ce fou. Hors, Parménion avait été rendu immortel pour que son supplice dure l’éternité, et nous simples mortels, ne savions comment le tuer.

« Pourquoi t’obstines tu à causer ta propre perte ô ma déesse, nous ne sommes pas comme lui, nous voulons ton bonheur, nous voulons te servir » Dis-je.

« Je n’ai plus foi en vous, n’ayez plus foi en moi » me répondit-elle d’une voie glaciale.

A ces mots, mon cœur se déchirait, quelqu’en soit le moyen, je trouverai comment la libérer de ce chagrin.

« Déesse, laisses nous te libérer de sa malédiction, laisse nous l’envoyer au devant des morts, laisses à Adès le soin de le tourmenter » disais-je bien que n’ayant aucune idée de comment m’y prendre.

Elle nous regarda tous, déterminés que nous étions, et finalement elle dit : « soit, essayez si vous le voulez » , mais elle ne précisa pas comment nous devions nous y prendre.

Elle attendait que nous, les mortels qui l’avions tant déçu, nous prouvions notre valeur.

J’étais bien décidé à lui montrer la mienne !

Quelques hommes comprennent l’allusion cochonne et rient

De là ou nous étions, nous pouvions voir Parménion au sommet de l’arbre, sa poitrine était ouverte en son centre et ses côtes étaient écartées si bien que ses organes et ses boyaux étaient visibles et brûlaient au soleil. Ce misérable sac de chaire gémissait et blasphémait sans discontinuer.

Du haut de son arbre, il nous appela et nous dit « apportez moi mon épée ! »

Nous pensâmes qu’il connaissait un moyen d’abréger ses souffrances avec l’aide de l’épée alors nous entreprîmes de la lui apporter.

Sylas prend une mine sombre et fronce les sourcils. Durant les phrases suivantes, il hausse la voie crescendo pour parvenir à un effet dramatique :

"Mais alors que nous nous approchions du cadavre du satyre et du boucler à tête de loup gravée, pour récupérer l’épée de Parménion, quelque chose se mit à bouger. Tout autour du bouclier, l’épaisse flaque de sang issue du Satyre se mit à gonfler et à gonfler encore, pour bientôt former la silhouette d’un loup de 3 mètres de haut !!!

Mais amis, cette créature était terrifiante, dans ses yeux l-on pouvait apercevoir des images de l’Adès : cerbère, le passeur du styx, ou encore Sysiphe occupé à pousser sa pierre. Les dents du monstre étaient aiguisées comme des poignards et derrière la couche de sang qui lui servait de peau, on pouvait apercevoir des reflets métalliques.«  »C’est nouveau le coup de l’Adès dans les yeux« chuchote un homme. »La ferme" répondent deux autres.

« Alors, nous entreprîmes de nous battre contre la créature, ses puissantes mâchoires claquaient dans l’air, et par des bonds de plusieurs mètres, elle se trouvait sur nous en une fraction de seconde. Lorsque nous la frappions, nous entendions comme le bruit du marteau sur l’enclume, et tout notre bras était engourdi... J’ai eu l’occasion, alors que la bête m’avait raté d’un cheveu de sentir son haleine pestilentielle, et je peux vous dire mes amis, que j’eu encore préféré qu’elle m’arrache un bras !!! »

Les hommes rient de bon cœur et le vieux Patrocle sent que le moral est déjà meilleur.

"Il apparu vite que la créature était invulnérable et qu’il ne servait à rien de lutter. Alors qu’elle venait de tailler en pièce ce pauvre Andros, elle se précipita sur moi. D’un pas leste et preste.

Sylas mime une course grotesque.

"Je me précipitais vers l’arbre. Une fois en dessous, et alors que les énormes mâchoires allait se fermer sur moi, je sautai en l’air dans un geste salvateur pour ne pas mourir asphyxié. Je saisissais une branche et me hissais dessus, puis, je m’efforçais de mettre une certaine hauteur entre moi et la créature...

Tous mes compagnons se battaient vaillamment, et grâce à leur effort commun, Andropos parvint bientôt à se saisir de l’épée. Aussitôt, il me l’envoya dans l’arbre et monta sur la première branche.

Notre cher Oïkiste Doros et notre ami Nilmar gagnèrent les arbres entourant la clairière, ce qui il faut le dire était un acte de grande sagesse... Mais pendant ce temps, Sarva s’obstinait à lutter au lieu de se mettre à l’abri. Bientôt, il tenta une manœuvre consistant à sauter par dessus la tête du loup qui culminait, je le rappelle, à environ trois mètre de hauteur. Bien triste nous fûmes lorsque la manœuvre échoua. Il survécut, par chance ! heu... et par ton talent aussi mon ami »

Dit Sylas en regardant l’intéressé.

"Dés que j’eu l’épée, et alors que le combat faisait rage, j’entrepris de monter jusqu’au sommet de l’arbre. Comme le temps pressait, je fis appel à l’aide d’Hermès, le père même de Parménion, avec lequel j’entretenais à l’époque de bons rapports, lorsqu’il ne se trouvait pas à festoyer chez les éthiopiens...

Oh Hermès, toi qui vole plus vite que le vent, offre un peu de ta vélocité à Sylas, fils d’Acrilène, pour que je libère ton fils du tourment qui l’accable.

Je senti alors que mes muscles se tendaient, que ma vue s’affinait, et que mes réflexes augmentaient. Je frôlais les branches sans les toucher, j’étais plus à l’aise que l’écureuil et je filais comme un oiseau. En quelques secondes, j’étais en haut et me trouvais face à face avec l’être que je détestais le plus au monde, sur une branche au dessus du vide. Ses boyaux pendaient dans les airs, et son œil fou me toisait mais j’ignore s’il me reconnaissait. Il entreprit alors de dégager ses mains, ses pieds, et de grands lambeaux de peau de son ventre rabattus sur les côtés, qui étaient fixés à l’arbre par de grands clous en fer forgé. Cette opération produisit un bruit immonde, il s’aida de ses dents pour ronger des morceaux de son corps trop bien fixés et finit par se dégager. Là, debout devant moi, il me dit : « Donnes moi mon épée » d’une voie inhumaine.

Je lui donnais l’épée, et j’attendais qu’il fasse quelque chose, comme se la planter dans le ventre ou je ne sais quel moyen de mettre fin à sa vie d’immortel. Mais tandis que j’attendais, il marcha jusqu’au bout de la branche, et se précipita dans le vide !

Sa chute dura de longues secondes, et lorsqu’il se fut écrasé en bas, un silence s’en suivit."

Sylas se tait un instant et regarde son auditoire, silencieux. Puis il reprend au début à voie basse mais de plus en plus fort :

"Mais ce misérable trouva la force de se relever, et il se dirigeait vers Actaée l’épée à la main. Ma déesse était tétanisée, elle ne pouvait rien faire à part regarder le monstre s’approcher peu à peu.

Je comprenais alors mon erreur, Parménion ne voulait pas mettre fin à ses souffrances mais bien tuer celle que j’aimais depuis l’age de 13 ans. J’étais au bout de la branche surplombant la scène, et je le voyais avancer lentement mais sûrement.

Il tendit le bras en direction du loup, et celui ci se liquéfia sur place, seul le bouclier resta dans les airs et rejoint la main de son propriétaire. Andros blessé mais toujours vaillant tenta de l’attaquer, mais d’un seul coup, sans même le regarder, Parménion évita son épée d’un bond et lui envoya un coup qui traversa son armure et lui trancha la chaire au niveau de la poitrine. Andropos tomba sous ce coup et nous pensâmes tous qu’il était mort. »

Sylas s’adresse alors directement à Andros : « en tous les cas, je salut ton courage mon ami, et je remercie les Dieux que tu sois encore parmi nous. »

« Où en étais-je ? Ha oui ! »

Notre ami était donc au sol et Parménion continuait d’avancer. Quant à moi, je ne cessai de me demander pourquoi il voulait tuer Actaée alors que c’était une immortelle ? C’est alors que j’entendis ces mots résonner dans mon esprit :

L’épée d’un demi Dieu, dans le sang d’un satyre trempée, et par le sang d’une déesse versé, une épée née du plus immonde des blasphèmes, capable de faire couler l’ichor.

Lorsque je compris que Parménion pouvait tuer Actaée à l’aide de cette épée et qu’elle était incapable de se défendre, je ne le supportais pas. J’hurlais : "Actaée !!! Regarde l’homme qui t’offre sa vie, avant de juger les mortels !!! Je suis Sylas, fils d’Acrilène et je t’aimerai jusque dans l’au-delà !!!

Alors que je prononçais ces mots, je prenais de l’élan et me jetais dans le vide.

Tandis que je chutais, je m’efforçais de me tenir la tête en bas l’épée pointée vers ma cible. Le vent sifflait à mes oreilles comme un ouragan et fouettait la peau de mon visage. Ma chute sembla durer une éternité, et j’eu le temps de prononcer la prière de l’adieu deux fois. Alors que j’arrivais sur Parménion et au dernier moment, celui ci me vit et sa mine se décomposa. Le bougre m’arrachait un dernier sourire avant la mort !!!

Dans un mouvement réflexe, il plaça son bouclier au dessus de sa tête. Ma lame le heurta en plein sur la tête de loup sculptée, et dans une explosion de lumière, le brisa.

Puis ce fut le noir... complet..."

Les hommes se taisent et regardent Sylas admiratifs.

"Enfin, après un temps que je ne saurai déterminer, je senti de nouveau mon corps, tout d’abord horriblement douloureux, puis au fur et à mesure qu’il se reconstituait le devenant de moins en moins. Lorsque tous mes os eurent retrouvé leur place et que mes boyaux eurent regagné une certaine cohérence si j’ose dire, je la vis devant moi. Ses grands yeux qui avaient retrouvé leur superbe couleur bleue étaient écarquillés. Elle me toisait avec un mélange d’étonnement, de reconnaissance, et de tendresse. Elle me tendit l’épée que tenait Parménion auparavant et me demanda de l’achever. D’un geste automatique, encore assommé que j’étais par ma résurrection toute récente, je plantais l’épée dans ce qu’il restait de la tête de ce chien. Puis, je relevai les yeux et j’observais cet être que j’avais si longtemps cherché. Elle me sourit et dit : Sylas, fils d’Acrilène, toi et tes amis m’avez prouvé que parmi vous les mortels, il y a encore des êtres admirables qui méritent d’être protégés, je vous en remercie.

Ne pouvant réfréner mes sentiments, je lui dis : Saches Déesse que depuis la première fois que je t’ai vu, mon âme brûle d’un feu ardent, mon cœur t’appartient et ma vie également. Puis-je un jour espérer accéder à ton cœur ?

La surprise regagna le visage d’Actaée mais elle ne cessa pas de sourire. Je t’entends Sylas, mais tu es encore jeune et tu n’es qu’un mortel...

Hé bien pour toi, je deviendrai immortel !

Après une pause, elle me dit : Tes exploits, accomplis les en mon nom, et je t’aiderai. En attendant, je te laisse la garde de cette épée, sache qu’elle à le pouvoir de tuer un Dieu alors prends en grand soin et protège là des convoitises.

Je protègerai votre citée. Durant votre voyage, méfiez vous des dangers de la mer, ils sont nombreux et subtils.

Elle nous sourit une dernière fois, l’air pensif, puis, ma Déesse s’éloigna et disparu dans la foret.

Soudain, je ne saurai comment l’expliquer, mais le silence total auquel nous nous étions habitués fut remplacé par un concert de chants d’oiseaux. Le vent se remis à souffler faisant bruisser les feuilles et apportant les odeurs d’une forêt bien vivante.

Sur ces mots, Sylas a terminé son récit et change de ton.

Et nous voilà ici aujourd’hui mes amis, tous ensembles, partant à l’aventure vers des dangers inconnus, mais aussi vers des découvertes fantastiques !!!

Alors réjouissons-nous car nous sommes de nouveaux argonautes à qui il appartient de prouver leur valeur !!!

Bon, et maintenant, combien de fois ai-je prononcé son nom sans cracher ?

Huit fois lui répond un homme.

Alors, Sylas crache huit fois.

Puis, certains viennent le voir et le félicite pour son discours.

A présent, les hommes rient, respirent l’air frais de la mer en regardant l’horizon, et beaucoup se disent que peut être, eux aussi se distingueront au cours d’un combat épique ou d’une aventure fabuleuse...

Le soleil a disparu, et la voûte céleste s’illumine peu à peu. Au milieu d’une petite crique, seuls les points lumineux des lampes à huile révèlent la présence d’hommes courageux et déterminés, à fonder la plus belle des citée.

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