L’origine d’Actaée

Le Destin de Zeus

Vendredi 7 août 2009, par Pierre // Chroniques d’Actapolis

Zeus était enfin satisfait de sa position. Il avait vaincu les anciens dieux, puis les titans, le dragon Typhon, les atlantes, et enfin les géants. Il avait joué un rôle d’arbitre pendant la guerre de Troie qui avait créé la discorde entre les dieux, et son autorité n’en avait été que renforcé. Plus personne ne semblait s’opposer à lui, tandis que sa fille Athéna et son fils Héraclès l’aidaient à fonder un monde de justice.

Mais après avoir affronté tant d’ennemis, Zeus savait que cet âge d’or ne serait pas éternel, d’autant que lorsqu’Héraclès avait délivré Prométhée, ce dernier l’avait mis en garde qu’un jour les dieux seraient détrônés de l’Olympe. Zeus alla donc consulter les Moires, les trois femmes qui tissent les fils du Destin.

Les Moires parlèrent en ces termes :

« Divin Zeus, tu connaîtra bientôt ton apogée. Un roi de Macédoine nommé Alexandre répandra ton culte jusqu’aux Indes. Puis le peuple de Rome conquerra la moitié du monde, t’honorant à leur tour sous le nom de Jupiter. Tu seras encore le roi des dieux pendant un millénaire. Mais un jour, les mortels se détourneront des dieux. Ils n’auront plus peur des forces de la nature, ces forces mêmes que tu incarnes, car ils sauront les maîtriser. Ils n’auront plus besoin d’honorer et de craindre les dieux, et ils ne le feront plus. Les dieux, sans fidèles, s’affaibliront et retourneront dans le néant. Tu seras remplacé par un dieu unique qui incarnera à lui seul tout ce qu’ils ne parviendront pas à expliquer. Et ce dieu disparaîtra à son tour au fur et à mesure que la raison humaine expliquera chaque chose en ce monde. Les mortels auront une théorie pour chaque chose, et elle deviendra la vérité : Apollon ne tirera plus le Soleil sur son char, mais ce sera un astre autour duquel la terre tournera. Le monde des hommes sera sphérique, à la fois plus vaste, mais aussi minuscule au regard de l’univers infini qu’ils auront inventé. Cet univers sera si étendu qu’aucun dieu ne saurait en être le maître, pas même un dieu unique, alors il disparaîtra à son tour, laissant les mortels seuls dans un univers de raison. Les fils du Destin s’étiolent alors, et personne ne peux plus prédire ce que deviendront les hommes. »

Zeus fut horrifié par cette prédiction. Il avait créé les mortels pour l’honorer et le servir, jamais il n’avait imaginé qu’ils puissent le faire disparaître. Qui plus est sans même le combattre. Il savait que les sacrifices et prières des mortels augmentaient sa force, mais sans penser qu’ils conditionnaient ainsi son existence. Il demanda aux Moires comment modifier ce Destin. Elles répondirent ainsi :

« Divin Zeus, mortels et immortels sont interdépendants, et il faut qu’ils le demeurent. Si tu veux continuer à exister, il faut que les mortels endurent des épreuves qu’ils ne sauraient surmonter sans ton aide, et que tu endures des épreuves que tu ne saurais surmonter sans leur aide. Tu dois garder un rôle de guide pour les mortels. Pour cela, tu dois laisser venir à toi de puissants ennemis, et laisser les mortels devenir de grands héros. Va en enfer, trouver Pandore, « celle qui possède tous les dons », et honore là. De cette union naîtra « celle qui distribue tous le dons ». Une nouvelle race de héros naîtra à son contact, et partout les hommes auront la preuve que les dieux sont parmi eux. Mais pour que ces héros existent, il leur faudra des épreuves et des monstres terribles. Si terribles qu’ils menaceront ton trône, peut être même qu’ils te terrasseront. Mais tel est le prix à payer si tu espères durer pour l’Eternité. »

A ces mots Zeus se rendit en enfer pour trouver Pandore, tout heureux que la seule chose qu’il ait à faire pour briser la malédiction soit de s’accoupler avec la plus belle femme du monde. Mais Pandore était aux côtés de Xenopol, et ce dernier voulu défendre sa concubine. Zeus souffla sur Xenopol, qui s’envola tel un fétu de pailles, puis il enleva la belle Pandore.

Resté en enfer, Xenopol pria Héra pour lui révéler cet adultère. La déesse du foyer devint folle de rage et jura de tuer le fruit de cette nouvelle offense. Puis Xenopol implora Némésis la déesse de la vengeance, lui expliquant qu’il avait déjà été puni en voyant son royaume englouti, et ne méritait pas cette nouvelle souffrance. Némésis écouta la supplique, et prit Xenopol dans ses bras, le sortant ainsi des enfers.

Vingt ans plus tard, la rumeur racontait qu’un être énigmatique parcourait le monde nonchalamment, sans se soucier des humains. Une jeune fille sans nom, innocente, trop belle pour être mortelle.

Artémis et Athéna la découvrirent lors d’une partie de chasse en forêt. Artémis crut rencontrer une Nymphe (un esprit de la Nature prenant l’apparence d’une jeune fille) égarée. Elle lui proposa de prendre demeure dans une forêt proche de la Cité d’Argos, où la présence d’une divinité protectrice serait la bienvenue.

Athéna fut troublée par le visage de la jeune nymphe. Elle vint lui rendre souvent visite afin de s’en faire une amie, et finit par comprendre pourquoi son visage lui semblait si familier. Elle ne pouvait être que la fille de Zeus et de Pandore.

Athéna comprit également quelle était sa nature profonde. Alors que Pandore était « celle qui a reçu tous les dons », l’existence de cette jeune fille rétablissait l’équilibre. Elle était « celle qui restitue tous les dons ». En sa présence, les mortels voyaient leur potentiel amplifiés. Les dons, qualités, et traits de caractères cachés en chacun se dévoilaient lorsqu’elle était présente. Les hommes aux cœurs purs devenaient des héros, les hommes corrompus des monstres.

Athéna donna un nom à la jeune déesse : Actaée, soit « celle qui guide les actes ».

Athéna savait qu’Héra avait fait le serment de tuer la jeune fille. C’est pourquoi elle ne révéla sa découverte à personne, et demanda à Actaée de rester dans la forêt et d’éviter tout contact avec les hommes.

Actaée vécu ainsi paisiblement, cachée de tous pendant des années.

Mais un jour, elle rencontra deux humains nommés Sylas et Parménion. Chez l’un, elle fit naître l’Amour, chez l’autre, la Haine.