Chapitre 2/3

2. La baronnie Girolin

Samedi 6 juin 2009, par Pierre // Nouvelle - Chroniques de Westeros

Gontran de Saint-Georges n’avait toujours pas digéré le dédain que lui avait manifesté le baron de Guillon. Sa présence en Cimmurie n’avait pas été jugée nécessaire et Hubert le Téméraire lui avait demandé de le rejoindre au château du baron Girolin, où il comptait faire escale avant de se rendre au tournoi.

Il a emmené à ma place ce petit bâtard arriviste qu’est de Quercy ! grognait t-il quand il se savait seul.

Ce n’était pas vraiment de la jalousie : de Saint-Georges était le grand veneur de la baronnie, et son ambition s’arrêtait là. Mais ce qui lui déplaisait principalement, c’était l’idée que le baron, connu pour être un homme emporté et influençable, soit conseillé par un étranger... drasnien qui plus est ! Ce peuple était réputé pour être composé de bons vivants, coléreux brutaux et insouciants… De Quercy était tout l’inverse ! Cela le rendait louche, et de Saint-Georges aurait voulu être présent pour garder un œil sur lui.

Le chevalier de Saint-Georges était au château depuis trois jours, et pestait déjà contre « l’hospitalité » du baron Girolin. Ce dernier lui offrait le couvert et le logis, mais ses faits et gestes étaient sans cesse surveillés. Des gardes l’accompagnaient partout où il allait, soi-disant pour le « protéger ».

Mais depuis le début de l’après-midi son humeur s’était améliorée grâce à la venue de son compagnon, le templier Laurent du Lac. C’était le noble qu’il préférait parmi les vassaux de Guillon : c’était quelqu’un qui ne se prenait pas au sérieux et avait toujours le mot pour rire, plaisantant parfois même à propos du culte. Il l’avait entendu jurer plus d’une fois, et il avait particulièrement apprécié l’expression : « par les couilles de Nevêne ! ».

Du Lac était revenu depuis peu de l’une de ses périodes de service obligatoires auprès de l’Eglise. Il semblait avoir souffert mais ne parlait que des aspects positifs. Il avait de plus appris de nouveau sortilèges, qu’il mit à profit lors du dîner pour faire une farce : pendant que de Saint-Georges découpait sa viande, il se servit de sa magie de régénération pour refermer la coupure.

Une telle utilisation des dons de Dieu auraient été à la limite du blasphème dans d’autres pays, mais en hélénie les gens étaient globalement plus tolérant. Pourtant Saint-Georges se rendit compte que certaines personnes au fond de la salle avaient étés choqués. Saint-Georges remarqua aussi que ces gens qui ne riaient pas avaient des visages peu communs… des cimmuriens ?

L’alcool aidant, il les oublia.

***

Le lendemain matin, un messager frappa à la porte de Gontran pour l’informer que le baron Guillon et sa suite étaient arrivés au château. Il avait un mal de tête à la limite du supportable. En voulant se lever, il eut également un haut le cœur, et il s’immobilisa quelques minutes pour le faire passer. Il s’habilla ensuite doucement, et sortit de sa chambre pour aller se vider dans les latrines. Mais en passant dans le couloir, il entendit son baron se disputer avec du Lac.

« Comment ça vous n’en êtes pas sûr ! » cria le templier.

Le baron Guillon bredouillait quelques mots à peine audibles, visiblement gêné. Gontran s’approcha de la chambre d’où venait la dispute.

« Nous n’avions pas de médecin à disposition… nous avons tenté de rentrer les tripes… mais avec tout ce sang, on ne voyait pas trop ce qu’on faisait… » disait la voix que Gontran attribuait à son baron.

« Laissez moi vous expliquer comment ça marche » rétorqua du Lac, de fort mauvaise humeur. « Certes la magie permet des miracles, tels que ressouder les os brisés, reformer les tissus musculaires, stopper les hémorragies… Vous me donnez une main coupée et un moignon, je les ressoude. Mais si vous me donnez le moignon sans la main, je peux rien faire ! Si vous n’avez pas tout replacé au bon endroit, j’aurais beau m’acharner, il mourra ! »

Une grosse voix que Gontran ne connaissais pas s’écria ensuite :

« Je crois qu’il reprend connaissance ! On devrait peut être lui donner encore un peu de liqueur ! »

Du Lac explosa :

« Vous avez essayé de le saouler pour l’anesthésier ? Cet homme a le ventre perforé, comment vouliez-vous qu’il digère votre pisse de chat ! »

Gontran entra. Il vit le baron et un homme énorme qu’il n’avait jamais rencontré au chevet de ce qui semblait être de Quercy, sa tunique maculée de sang séché. En voyant le jeune drasnien dans cette posture, il ressentait un peu de compassion. Mais de là à dire que cela lui faisait de la peine, il y avait néanmoins un monde.

« Gontran ! » s’écria le baron, « Vous avez fort mauvaise mine, vous aussi. Etes-vous malade ? ».

« Pas pour les mêmes raisons, messire, la soirée d’hier était très arrosée. » expliqua péniblement Gontran en s’appuyant dans l’encadrement de la porte.

« Haha ! Je connais bien ça, mon petit gars ! Et j’ai hâte d’en profiter moi aussi ! » lui lança le colosse.

« Je vous présente sir Hugues de Vignoles, connu aussi sous le nom de guerre de La Hire » dit le baron avec fierté. « C’est un grand guerrier et mon nouveau vassal. Nous avons… »

« Si…len…ce… » murmura de Quercy d’une faible voix. « Je… voudrais…dormir… ».

« Pierre ! Vous parlez désormais ? C’est fantastique ! Du Lac vous a guéri ! » s’écria joyeusement le baron.

Du Lac ne partageait pas du tout cet enthousiasme. Penché sur son patient, il le questionna en articulant exagérément : « J’ai une question importante à vous poser, répondez par oui ou non : ressentez-vous une douleur beaucoup plus forte quand j’appuie sur votre ventre comme cela ? »

« Hum… non… pas plus forte » répondit-il.

« Très bien. Alors nous allons vous laisser vous reposer ». Du Lac fit signe à tout le monde de sortir.

Plus tard, Gontran demanda à Laurent du Lac ce qu’il aurait fait si de Quercy avait dit oui. Il répondit simplement : « je l’aurais achevé ».

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