Chapitre 1/3

1. L’inquisition

Jeudi 28 mai 2009, par Pierre // Nouvelle - Chroniques de Westeros

Les négociations en Cimmurie furent stériles, et ressemblèrent à un concours de mauvaise foi. Il en ressortait que les cimmuriens voulaient éviter toute ingérence dans la répression de la rébellion, et les autres seigneurs, qui ne voulaient surtout pas s’en mêler, négociaient mollement pour obéir au roi des rois.

Le baron Hubert de Guillon était parti en claquant la porte avant la fin des débats. Ceux-ci lui avaient déjà fait perdre trop de temps, et il avait décidé de rassembler le reste de ses chevaliers pour se rendre au grand tournoi annuel de Chyrellos, la capitale d’hélénie, durant laquelle chacun devait prêter allégeance au roi.

De Quercy s’était étonné que le baron lui demande de le seconder en Cimmurie, espérant au mieux qu’il lui délèguerait l’administration et la justice de sa province pendant son absence.

Ses espoirs furent largement dépassés lors des débats, où il eu pratiquement carte blanche. De Quercy réfléchit aux implications durant la chevauchée du retour : Hubert savait très bien que la négociation était vaine, mais il m’a laissé exposer mon point de vue devant le concil, pensa t-il. Etait-ce pour me tester ou voulait-t-il me manifester sa confiance ?

Quelque soit la réponse, il aboutissait à la conclusion que le baron avait fait de lui son second officiel. Ce sentiment était consolidé par l’attitude du maître espion François d’Alembert, jusque là suspicieux et méprisant, et désormais presque courtois.

Mais cela ne changeait pour autant rien au dégoût que de Quercy ressentait vis à vis de ce personnage, et il évitait sa compagnie autant que possible. Il préférait celle de sir Philippe de Saint-Michel, le maître d’arme, qu’il côtoyait souvent car il était chargé avec lui de l’éducation du jeune héritier Guillon.

***

Les chevaliers firent halte peu après la frontière, dans la petite bourgade de Bourg-Lacombe.

Le premier bourgeois leur fit un accueil chaleureux et les conduisit à la taverne. Une fois attablé, de Quercy jeta une bourse au tenancier en lui parlant suffisamment fort pour que tous entendent : « Voilà pour notre ripaille, et verse aussi une chope à tous ces braves gens de la part du baron Hubert de Guillon ! ». Par cet acte de relation publique plus que de générosité, il faisait comprendre à son baron qu’il acceptait son poste de bras droit.

Le repas fut joyeux, égayé par l’abondance d’alcool, et la présence d’un très bon ménestrel que Philippe de Saint-Michel applaudit tout particulièrement. Mais la fête fut troublée après quelques heures, quand la porte s’ouvrit avec fracas. Un paysan entra en titubant, le visage recouvert de coupures et d’équimoses. « Les inquisiteurs ! cria-t-il. Ils sont entrés dans la ville ! ».

Les clients de la taverne pâlirent et vidèrent les lieux en un instant… sauf ceux qui étaient trop saouls pour comprendre, et les chevaliers de Guillon qui ne comptaient pas se laisser importuner.

De Quercy décida tout de même d’aller voir ce qui se passait, et sorti de la taverne à la rencontre des envahisseurs. En passant la porte, il fit aussitôt face à un sombre cavalier au regard fou, accompagné d’une cinquantaine d’hommes en arme.

« Que signifie ce tumulte ? » lança de Quercy.

« Je suis le seigneur inquisiteur Magnus Parsifal », lui répondit sèchement le cavalier. « Et vous ? ».

« Je suis sir Pierre de Quercy, héraut du baron Hubert de Guillon », dit Pierre en essayant de se donner une contenance, mais sa voix était maladroite. Il avait pourtant dessaoulé à la seule mention du mot « inquisition », mais un mélange de peur et de haine réduisait à néant son éloquence pourtant réputée.

« Et alors ? » se moqua l’inquisiteur

« Hé bien… ce dernier vous somme d’expliquer ces agissements brutaux envers les villageois ». Répondit de Quercy d’une voix qui se voulait forte et solennelle mais qui dérailla sur la fin.

Le seigneur inquisiteur parut amusé par le jeune homme, mort de peur mais lui faisait tout de même face. Il répondit durement pour s’amuser de sa réaction.

« Nous sommes à la recherche d’un hérétique, qui plus est assassin de trois de nos hommes. Cela nous donne un droit de poursuite inconditionnel, et votre baron n’a pas à s’immiscer dans les affaires de la justice divine ».

De Quercy voulut en savoir plus. « Si vous me donniez plus de précision, je pourrais peut être vous venir en aide », mentit alors le chevalier en reprenant le contrôle de sa voix.

« Il s’agit d’un ménestrel, âgé de la cinquantaine et richement vêtu. Nos informateurs nous affirment qu’il est dans ce village, et les portes étant fermées il ne pourra plus nous échapper. Votre aide est inutile. »

Hedens jeta un regard sur la taverne d’où Pierre de Quercy était sorti, puis ajouta d’une voix suspicieuse : « Par contre si vous l’avez aperçu, vous nous feriez gagner un peu de temps ».

Le chevalier reconnu tout de suite à la description l’homme qui jouait à de la balisette à l’occasion du repas. Il comprit également le message implicite qui était contenu dans les propos de l’inquisiteur : « Si vous me cachez des choses j’aurais le droit de vous détruire ». Son cerveau tournait à cent à l’heure : Je ne peux pas livrer cet homme à ce fanatique…pensait t-il, mais sa vie vaut-elle le risque… est-ce vraiment un assassin ? Il finit par rompre le silence pour dire simplement : « non ».

L’expression du seigneur inquisiteur se changea alors en un sourire vicieux. Mon dieu, se dit Pierre, j’ai réfléchi trop longtemps, il ne me croit pas ! La main du chevalier se crispa et se rapprocha inconsciemment du pommeau de son épée, ce que l’inquisiteur remarqua avec un plaisir sadique.

« Dites à votre baron et sa suite que je vous invite à ma table ce soir, je serais heureux d’avoir enfin la compagnie d’hommes civilisés » conclu Parsifal. Il s’éloigna au trop, suivi de ses hommes. De Quercy maudit sa curiosité, et retourna prestement auprès de son suzerain.

***

Les chevaliers avaient déjà mangé, mais pour ne pas décliner l’invitation du seigneur inquisiteur Parsifal, ils s’étaient installés avec lui dans la taverne et avaient pris chacun une chope de bière. Magnus Parsifal considérait presque le baron comme un pair, et la discussion semblait courtoise. Mais chacun restait sur la défensive.

« … je suis néanmoins content d’apprendre qu’il reste en Hélénie des nobles qui soutiennent la vrai foi. Votre compagnie m’est fort agréable, bien plus que celle des mercenaires misérables qui m’accompagnent », dit le seigneur inquisiteur. Vulgaire baratineur, pensait de Quercy, tout ce qu’il veut c’est rajouter un baron hélénien à son tableau de chasse.

« Je voulais justement vous entretenir de vos mercenaires… vous tolérez leur brutalité ? » se risqua le baron.

« Mes hommes vous auraient-ils importuné ? » s’étonna Parsifal.

« Pas du tout, je vous rassure » répondit le baron. « Mais je n’ai guère apprécié la manière avec laquelle ils traitent les villageois », ajouta t-il en sachant qu’il venait de faire monter la tension d’un cran.

« Allons donc monsieur, ce n’est que la populace, les théologiens ne sont même pas d’accord sur le point de savoir si les gueux ont une âme », rétorqua l’inquisiteur en faisant mine de plaisanter.

D’Alembert prit la parole. De Quercy, qui voulait poser une question, se retint : si ce vieux singe se mêle de la conversation, c’est qu’il a quelque chose en tête.

« Mais dites moi, ce n’est pas parmi ces miséreux que votre ordre recrute ? » demanda le maître assassin avant d’ajouter : « Les gens de votre ordre naîtraient sans âme ? »

Il cherche à le mettre en colère pour le pousser à la faute, pensa de Quercy.

« Vous me comparer à un gueux ?! » Le seigneur inquisiteur parut s’étrangler, peu habitué à être défié de la sorte. « Les conditions d’admission à ma fonction sont secrètes, mais pour votre gouverne, sachez qu’elles sont extrêmement rigoureuses ! J’ai fait preuve de ma foi à maintes reprises. Preuves que vous autres n’avez toujours pas faites devant moi ! »

« Et comment pourrions-nous ? » rétorqua promptement d’Alembert.

L’inquisiteur se força à calmer sa colère lorsqu’il comprit que le maître assassin manipulait ses émotions pour lui soutirer des informations, et décida d’écourter la conversation.

« Il est facile de prouver l’hérésie, mais j’admet qu’il est plus dur de prouver la foi », reprit-il calmement. « Nous reprendrons cette discussion plus tard messieurs. Pour cette nuit, j’ai un fugitif à capturer. »

***

Peu après l’entrevue avec l’inquisiteur, les chevaliers, qui s’apprêtaient à sortir à leur tour, entendirent du bruit sous l’estrade. Une trappe s’ouvrit, et ils furent stupéfaits en voyant sortir comme si de rien n’était un petit homme élancé, manifestement quinquagénaire, richement vêtu, et se mouvant avec agilité. Ce dernier ne prêta pas tout de suite attention à eux (trop occupé à épousseter ses beaux vêtements) puis les salua cérémonieusement.

« Je me présente, Mickalios, à votre service. »

Les chevaliers dévisagèrent sans répondre ce petit homme maniéré, qui reprit avec sa voix fluette qui lui donnait un air inoffensif : « Vous ne m’avez pas dénoncé, et j’ai cru comprendre que les inquisiteurs n’étaient pas vos amis. Aussi je souhaiterais vous proposer ma compagnie. Je suis un artiste de renom, qui pourra égayer votre voyage et raconter vos aventures. »

Malgré toutes les raisons personnelles qui poussait de Quercy à ne pas collaborer, ce Mickalios lui était déjà antipathique : « On vous présente aussi comme l’assassin de trois agents de l’église », s’enquit de Quercy. « Nous pourrions vous arrêter sur-le-champ et nous épargner bien des soucis. »

Le ménestrel pris un air apitoyant, trop pour être crédible, et supplia : « Par pitié mes seigneurs. Je suis moi même un gentilhomme, qui ne fait rien d’autre que jouer de la musique tandis que ces brutes me pourchassent pour me rôtir vif ! J’ai été obligé de me défendre ! ».

Sir de Saint-Michel se tourna vers son baron. « Il a l’air sincère messire », dit le maître d’arme, « ne pouvons nous rien faire ? »

De Quercy fronça les sourcils, pourquoi Philippe se laisse t-il convaincre si facilement ? Se rappelant que Philippe avait été subjugué durant le repas, il s’interrogea sur les légendes qui entourent la magie de la musique. Légendes que sa mère lui racontait et pour lesquelles elle fut exécutée. Selon elle, la musique avait un effet invisible mais pouvait agir sur les esprits et modifier les émotions.

« C’est hors de question ! Ce serait prendre un risque considérable pour la baronnie ! », rétorqua de Quercy.

« Ho, mais vous ne risquerez rien », intervint Mickalios, « je suis apte à sortir de la ville par mes propres moyens ».

Pour illustrer ses propos, il réalisa une incantation magique, usant cette fois de la magie ‘légale’. Après une minute, son apparence se transforma et il prit la forme de l’un des paysans ivrognes qui végétait dans la taverne quelques heures auparavant.

Selon la rumeur populaire, le maître assassin d’Alembert possède le même pouvoir de métamorphose, pensa de Quercy.

« Je vous attendrais demain matin, à l’extérieur de la ville, si vous êtes d’accord… », continua Mickalios.

Pour Pierre de Quercy, ce musicien semblait être une source de problèmes sans fin, une boîte de pandore à laisser fermée. Mais à son grand étonnement, le baron sembla amusé et accepta…

***

Pour la nuit, le premier bourgeois avait logé les chevaliers dans ses appartements. A leur grand désarroi ils avaient pour voisins les agents inquisiteurs. Ces derniers allaient et venaient, criaient des ordres , débattaient, et faisaient un vacarme qui rendait le sommeil difficile.

François D’Alembert avait décidé de braver le couvre-feu pour espionner leurs agissements en ville, et n’était toujours pas rentré après deux heures de patrouilles. Cela n’est pas de bon augure, mais il n’a qu’à se débrouiller, pensa de Quercy.

Plus tard, des cris se firent entendre provenant du rez-de-chaussée. Le baron et ses deux vassaux se réveillèrent en sursaut.

« Ils torturent quelqu’un », dit Sire de Saint-Michel

« François n’est pas rentré, croyez vous qu’ils l’aient arrêté ? » demanda le baron.

« Possible mais peu probable », répondit le maître d’armes, « Ils auraient déjà défoncé notre porte ».

Une autre plainte se fit entendre : fois une voix de femme maintenant. Ce cri réveilla des images douloureuses pour de Quercy : celles de sa mère torturée par l’inquisition.

Il se boucha les oreilles et lutta contre ses émotions pendant quelques secondes, mais il finit par perdre le contrôle de ses actes. Sans prévenir son seigneur, il sortit de la chambre, et se rua dans la direction des hurlements.

L’un des lieutenants de Parsifal l’interpella dans le couloir en lui bloquant le passage : « Halte là seigneur, n’interférez pas dans nos interrogatoires ». De Quercy bouscula l’inquisiteur et saisi la poignée de la porte d’où semblait provenir les cris.

La porte étant fermée à clef, il la fit voler en éclat d’un coup de pied.

La scène qui se présenta à lui n’avait rien d’un interrogatoire, c’était un simple viol : trois mercenaires complètement saouls avaient installé une jeune villageoise sur un table et étaient en train d’arracher ses vêtements. Au moment où de Quercy défonça la porte, l’un des gardes venait d’assener un violent coup de poing à la fille pour qu’elle cesse de se débattre, et l’avait à moitié assommée.

Le chevalier voulu dégainer son épée, mais ne la trouva pas. Il se rendit alors compte qu’il n’avait rien d’autre sur lui que son caleçon, et se serait senti ridicule si il n’avait pas eu d’autres priorités. Pour l’instant, la seule chose qui lui manquait était une arme. Mais tant pis, il se rua sur les mercenaires à mains nues.

Le lieutenant inquisiteur et d’autres gardes arrivèrent derrière lui et le maîtrisèrent.

« Votre ingérence dans nos affaires est scandaleuse », dit l’inquisiteur.

« Quelles affaires ! » hurla Pierre tout en se débattant. « Je n’ai vu aucun interrogatoire dans cette pièce ! Des sanctions doivent êtres prises contre ces hommes ! »

L’inquisiteur remarqua alors les vêtements déchirés de la jeune femme et parut quelque peu gêné. « Mmm… certes. Ces hommes seront punis ». Puis retrouvant le fil de sa pensée il déclara : « Mais sachez que ce bourg a été décrété hérétique ! Les villageois cachent notre fugitif, et l’un de nos hommes a été assassiné pendant la nuit par une personne possédant des pouvoirs magiques ».

Assassiné… pouvoirs magiques… se dit de Quercy. C’est soit Mickalios soit d’Alembert.

« Le seigneur Parsifal compte faire un exemple de cet endroit. Retournez vous coucher, et soyez partis à l’aube, sinon je vous fait brûler avec les autres », ordonna le lieutenant.

De Quercy fut raccompagné brutalement dans sa chambre par deux gardes, qui restèrent en faction derrière la porte le restant de la nuit. Le chevalier ne put dormir après cet incident : à chaque fois qu’il fermait les yeux il revoyait sa mère lors de son exécution… sa peau si jeûne se flétrissant et se consumant sur le bûcher…

***

Le lendemain matin, le premier bourgeois frappa à la porte des chevaliers, les larmes aux yeux. Il leur supplia de partir, leur présence attisant la colère des inquisiteurs. Sir Saint-Michel le rassura en lui montrant que les bagages étaient déjà faits.

D’Alembert était présent dans la pièce bien que personne ne l’ait vu rentrer : soit il s’était levé le premier, soit il ne s’était pas couché du tout. Personne n’avait envie de savoir ce qu’il avait fait pendant la nuit, ni pourquoi, et aucune question ne fut posée.

En sortant des appartements municipaux, qui donnaient sur la grand place, la première chose qui frappait était la dizaine de bûchés qui étaient installés, ainsi que trois pendus se balançant au grand chênes de la place. De Quercy reconnus les violeurs de la veille et détourna le regard.

Dans le centre ville, on pouvait voir des croix rouges dessinées sur la moitié des portes d’habitations. Hormis les inquisiteurs et leur garde, les rues de la ville étaient totalement désertes et les volets fermés. Les quatre cavaliers traversèrent cette ville fantôme en baissant la tête, et le silence était si pesant qu’ils n’osaient dire un mot.

Mais un bruit métallique caractéristique se fit soudain entendre à la porte de la ville, suivi d’un puissant cri de guerre. Les chevaliers galopèrent en direction de ce qui semblait au bruit devenir une véritable bataille.

Ils arrivèrent à la porte de la ville, où ils découvrirent une demi-douzaine de gardes et un inquisiteur en train de se battre contre un seul homme.

Malgré le rapport numérique, le combat semblait à peine déséquilibré : l’homme devait mesurer plus de deux mètres et peser plus de cent vingt kilos de muscle ; il avait une hache dans chaque mains et portait une lourde armure de plate. Six mercenaires l’encerclaient avec des lances, et quatre gisaient morts à ses pieds. Seul point en défaveur du colosse, le carreau d’arbalète planté dans sa cuisse qui semblait gêner quelque peu ses mouvements. A l’arrivée des chevaliers de Guillons, les belligérants suspendirent l’affrontement le temps de savoir dans quel camp combattraient les nouveaux venus.

Pour ne pas trop exposer son baron, de Quercy mit pied à terre et s’approcha seul des combattants.

« Holà messieurs, vous battez-vous ? » dit-il d’une voix forte.

Le colosse et l’inquisiteur prirent la parole simultanément, cherchant à couvrir de leur voix celle de l’autre.

« Nous avons trouvé ce renégats tentant de s’enfuir de la ville, et il résiste à son arrestation », s’expliqua l’inquisiteur. « Passez votre chemin et laissez la justice divine faire son office ! ».

« Je m’appelle Hugues de Vignole dit La Hire, chevalier errant et mercenaire en quête de contrat », annonça le colosse d’une grosse voix rauque qui couvrit celle de l’inquisiteur. « Ces couilles molles me soupçonnent de crimes que je n’ai pas commis et veulent me faire rôtir comme un vulgaire sanglier ! Si vous me sortez de ce pétrin, je vous serais à jamais redevable ! »

Pour de Quercy, la situation était simple : un inconnu (qui plus est une brute décérébrée qui lui faisait penser à son frère en plus grand) venait de se fourrer dans une mauvaise passe, et tous les gardes de la ville accouraient vers les lieux… le mieux à faire était de passer leur route et ne pas se retourner. Il s’adressa à l’inquisiteur : « Nous ne nous opposerons pas à la justice ecclésiastique », commença t-il. « Nous allons passer notre… »

« Quel grand guerrier ! Ce chevalier me plaît ! », s’écria le baron. « Inquisiteur, cessez immédiatement d’importuner cet homme. La Hire est sous ma protection ! ».

Bon sang ! pensa de Quercy, auprès de qui me suis-je engagé ?!

Pendant quelques instants, l’inquisiteur fixa le baron avec un regard hébété.

Mais quand il entendit les bruits de pas des autres gardes qui accouraient vers eux, un éclair sembla illuminer ses yeux.

« Tuez les tous », ordonna t-il.

***

Trois des gardes qui encerclaient La Hire attaquèrent de Quercy.

Bonne nouvelle pour le colosse. Mais l’embêtant pour de Quercy était que lui ne portait pas d’armure, et qu’au niveau gabarit, il devait faire quarante kilos et centimètres de moins. Il eut le temps de dégainer son épée, parer un premier coup de lance, puis en esquiver un second pendant qu’un troisième transperçait ses boyaux. Hubert de Guillon et ses deux autres vassaux fondirent sur les gardes pour aider leur compagnon.

De Quercy n’avait que de vagues connaissances en médecine, mais il savait une chose : lorsque l’on a quelque chose de planté dans le corps, par exemple une flèche, il ne faut pas l’enlever : le corps étranger en se plantant bouche l’orifice et empêche le sang de s’échapper.

Mais avec trois cavaliers fonçant sur lui, le garde qui avait planté de Quercy voulut s’enfuir. S’enfuir sans arme dans un pareil instant aurait été insensé et il voulut donc récupérer sa lance. Ce ne fut pas sans efforts car celle-ci était vraiment bien enfoncée, si bien qu’il dut s’aider de son pied et que lorsqu’il la retira enfin, il avait considérablement élargi le trou.

De Quercy eut le réflexe élémentaire de compresser sa plaie avec ses mains et d’essayer d’empêcher ses tripes de sortir. Mais il eut très vite un voile noir devant les yeux.

De Quercy tomba inconscient avant même de heurter le sol.

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