Les origines de

Sylas fils d’Acrilène

Samedi 20 décembre 2008, par Olivier // Biographies des personnages

 Les origines de Sylas

C’est l’été sur les plaines d’Argos. La matinée s’achève dans un concert de cigales, et le soleil monte dans le ciel, rendant l’air de plus en plus irrespirable. De la mer bleutée au loin souffle un vent salvateur. Au milieu des champs d’olivier et des vignes, un vieil homme s’approche d’une petite maison isolée. Ses longs cheveux blancs sont collés par la sueur et le gris bleu de ses yeux pointe derrière ses paupières plissées. Alors qu’il s’avance, une jeune femme qui étendait de grands linges colorés l’aperçoit et viens à sa rencontre.

« Bonjour, je me nomme Créos et je recherche l’oikos de la famille d’Acrilène ».

« He bien tu l’as trouvée mon ami, sois le bienvenu. » dit la jeune femme en souriant. « Suis moi si tu le veux bien, mettons nous à l’ombre ».

La jeune femme entraîne le vieil homme vers une terrasse couverte par une structure en bois dans laquelle viennent s’entremêler des vignes, laissant pendre à portée de main de lourdes grappes de raisins mûrs.

« Je me nomme Sylène, je suis la troisième fille d’Acrilène » dit la jeune femme en attrapant une cruche de vin et une coupe plate. Elle verse un peu de vin dans la coupe, repose la cruche, et dit selon la formule consacrée :« Hestia ! Oh Hestia, rends le passage de Créos agréable dans l’oikos d’Acrilène ! ». Puis, elle verse un peu de vin sur le sol et tend la coupe à son invité. Celui ci boit une rasade puis rend la coupe à son hôte, qui boit à son tour.

« Le reste de ma famille est aux champs, mais si tu attends une petite heure, tu pourra les voir et manger avec nous... »

« C’est bien aimable de ta part... »

« Alors, pourquoi cherches-tu mon père ? Si c’est lui que tu cherches... »

« He bien, en fait, je suis conteur, et je m’intéresse actuellement à ton frère. »

« Ha bon ? Et lequel ? »

« He bien Sylas, le porteur de la lame... »

« Le porteur de quoi ? »

« de...de la lame, tu ne sais donc pas ? »

« Je ne sais pas quoi ? Qu’est ce qu’il a encore fait ? »

« He bien, il est le héros de la déesse Actaée ! »

« Actaée ? »

« Oui, une nymphe des bois qui fait actuellement son ascension divine. »

« Le vin d’Hestia t’aurait-il tourné la tête mon ami ? »

Créos a un petit sourire : « Mais pas du tout, toute la Grèce en parle ! » Après quelques secondes au cours desquelles Sylène regarde Créos l’air abasourdi, elle reprend : « S’il te plait l’ami, je ne sais pas si ce que tu dis est vrai mais n’en parles pas à mon père, il est terriblement vindicatif lorsque l’on parle de mon petit frère... »

« Ah bon ? Mais pourquoi ? »

« Ce sont des histoires de famille. »

« He bien si cela ne te dérange pas, j’aimerais que tu me les racontes, car c’est pour cela que je suis venu. »

Sylène toise l’homme un moment, et décide finalement qu’elle peut lui parler : « He bien Sylas n’était pas un garçon facile tu sais. Depuis tout petit il est désobéissant et insouciant, il n’a jamais écouté mon père, seul ma mère à force de prières était capable de le résonner, et encore, pour une semaine... Il se désintéressait complètement du travail au champ, qu’il disait abrutissant et ennuyeux à mourir, alors plutôt que de venir nous aider, il partait des journées entières, les dieux seuls savent où... Il avait soif d’aventures nous disait-il, de voyages et de découvertes, ce genre de choses... Mais bien sur, lorsqu’il rentrait de ses escapades, il se faisait rosser par mon père. »

Créos la regarde les sourcils froncés... « Ha bon ? Je ne pensais pas... »

« Je ne sais pas ce que tu sais de mon frère, mais c’est sûrement faut... »

« Et tu ne sais vraiment pas ce qu’il faisait au cours de ses absences ? »

« Oh je crois qu’il se baladait et chassait avec d’autres enfants indisciplinés, il était à la tête d’une bande de galopins... »

« Mais ne crois pas que c’était un mauvais garçon ! Ses frères et son père lui reprochaient son comportement mais, avec ses sœurs et sa mère, il était toujours gentil et bienveillant, il avait beaucoup d’humour et de charme... et les autres enfants l’aimaient beaucoup car il était bon et brave. »

« Pourquoi parles-tu au passé ? »

« He bien voilà 8 ans qu’il est parti alors je ne sais pas ce qu’il devient et s’il est toujours comme ça... »

« 8 ans ? Mais alors quel âge avait-il lorsqu’il est parti ? »

« Il avait 13 ans ! »

« Par Zeus, mais alors tout ce que tu me racontes s’est passé avant ? »

« Oui ! »

« Il était sacrément mûre pour son âge dis moi ! »

Sylène hoche la tête. « Pourquoi est il parti ? »

« Je l’ignore. Un jour, il est rentré à la maison un air étrange sur le visage, Maman a pensé qu’il était tombé amoureux mais il nous a dit que non. Deux semaines sont passées comme ça, il venait travailler au champ mais ne parlait pas, il avait toujours l’air pensif. Puis un jour, il est tous venu nous voir tour à tour pour nous dire au revoir, il s’est excusé auprès de mon père, il a embrassé ma mère, il a pris son baluchon, et il est parti. Je crois que si mon père entre dans de telles colères lorsqu’on lui parle de Sylas, c’est parce qu’il l’aimait vraiment et qu’il était fier de lui, en quelque sorte... »

« Sais tu où il est parti ? »

« Non, j’ai entendu dire qu’il a été à Argos durant un temps et qu’il y a eu quelques démêlés mais je n’ai que très peu de renseignements. Je sais aussi qu’il a beaucoup voyagé mais si tu veux plus de renseignements, tu devrais aller à Argos ! Récemment, il est parti avec une expédition pour former une colonie mais ça, je suppose que tu le sais déjà ! »

« Oui, ça je le sais. Bon, si tu n’as rien de plus à me dire, je pense que je vais suivre ton conseil. »

Il prend un temps de réflexion puis dit : « Tu sais, vous risquez de bientôt avoir de bonnes nouvelles concernant ton frère ! »

Sylène dévisage le vieil homme aux yeux profonds, et son visage s’éclaire lorsqu’elle répond : « je l’espère mon ami, je l’espère... »

Finalement, Créos passe le repas avec la famille de Sylas et lorsque l’invité s’en va après une libation d’au revoir, le vieil Acrilène l’interpelle :« si tu vois mon fils, dis lui qu’il peut revenir si il veut ».

Après une nuit passée à Argos au côté d’une superbe esclave à la peau d’ébène que son hôte a généreusement mise à sa disposition, Créos reprend ses recherches dans la ville. Le soir venu, il a obtenu le nom d’un ancien ami de Sylas dénommé Nestor...

 ***

Le soleil est bas sur l’horizon lorsque Créos débouche dans une petite rue où une grande table à été installée et où l’on s’apprête à manger entre voisins. Les hommes allument des torches ça et là, les femmes amènent des plats chauds depuis leurs maisons et des enfants courent et jouent autour de la table.

En retrait, un homme d’une bonne taille et plutôt costaud est en train de ranger dans sa boutique des chaises qu’il avait laissé devant. Créos s’avance vers lui puis l’interpelle : « Bonsoir mon ami, des enfants mon dis que tu étais l’homme que je recherche. »

« He bien si tu recherches Nestor, oui, c’est bien moi. Qui es tu ? »

« Je m’appelle Créos et je suis conteur itinérant, je cherche des informations sur les hommes qui sortent de l’ordinaire et je compose des histoires les mettant en scène. J’aimerai m’entretenir avec toi à propos de Sylas. »

Nestor est surpris, il hausse les sourcils et répond : « C’est vrais qu’il sort de l’ordinaire, tu pourras composer des poèmes bachiques avec ses frasques. Qu’est ce qu’il a fait pour éveiller ton intérêt ? »

« Oh rien de mal ! Tu es au courant qu’il est parti avec l’expédition d’Argos ? »

Nestor laisse filer un sourire :« Oui, j’ai entendu parler cet imbécile lors de l’assembléeau théâtre. »

« On m’a dit que vous étiez des amis proches. »

« Plus depuis un certain temps. »

« Puis-je savoir pourquoi ? »

« Non. »

« Bon, mais si il est en tort, tu n’as pas à te faire de souci, je ne relaterai que la vérité »

Nestor a un regard furtif en direction d’une jolie femme entrain de servir à la table. « Je connais la propension des conteurs à exagérer ou à modifier la vérité » dit-il.

« C’est ta femme là bas ? » demande Créos en tirant sur ce qu’il pense être une corde sensible.

« Oui, que veux tu savoir maintenant ? » lui répond Nestor l’air agacé.

« J’aimerai savoir quand tu as rencontré Sylas et ce que vous faisiez ensemble ».

Nestor soupire et répond : "à l’époque, j’ai rencontré Sylas dans une taverne, nous avions 16 ans et il travaillait pour un marchand de tissu. Il m’a expliqué qu’il avait vécu libre depuis 3 ans voyageant de villes en villes mais qu’il était las et qu’il voulait s’installer quelques temps. »

« Et alors... »

« Et alors on s’est bien entendu, il m’emmenait avec lui dans ses longues ballades en forets, ou dans ce qu’il appelait ses chasses nocturnes. »

« Ses chasses nocturnes ? »

« La vérité que tu sembles ignorer sur Sylas vu la tête que tu fais, c’est que c’est un véritable obsédé et un soûlard ! »

« heuuu... mais ne t’a t-il pas parlé d’une quête, d’une raison noble pour laquelle il a quitté son foyer ? » ajoute Créos, visiblement déstabilisé.

Nestor laisse échapper un rire sonore qui attire l’attention des personnes attablées un peu plus loin. Sa femme se lève et rejoint les deux hommes. « Nestor nous commençons à manger » puis elle s’adresse à Créos : « souhaites-tu te joindre à nous pour le repas ? »

« Nous avons à parler Mataé laisses nous, nous mangerons plus tard » dit Nestor.

« A bon ? Et quel est ce sujet si importent que tu ne veux pas manger chaud ? » lui demande Mataé l’air enjoué.

« Sylas » répond Créos avant que Nestor n’ai pu réagir.

Le sourire de Mataé s’efface de son visage, et une expression de tristesse et de vulnérabilité prend sa place. Elle semble vouloir en savoir plus mais après un regard en direction de son mari, elle retourne s’asseoir, les yeux baissés. Nestor semble particulièrement tendu à présent, il tourne un regard lourd de reproche en direction de Créos.

« J’aimerais que tu t’en ailles maintenant. »

« Je suis désolé Nestor, mais j’ai parcouru trop de chemin pour renoncer ici. Parle, et ensuite je m’en irai. »

Le solide gaillard semble prendre sur lui. Au bout d’un moment, il se décide à raconter ce qu’il sait, probablement pour limiter l’entrevue au minimum et éviter une altercation qui attirerait les curieux.

« Oui, il y a un événement qui a profondément marqué Sylas du temps ou il vivait encore chez ses parents. »

Les yeux de Créos s’ouvrent grand, et il attend avide. Nestor sourit mais ne dit rien, semblant prendre un malin plaisir à faire poiroter le barde. « Je t’en pris Nestor, parles, je viens d’Athènes pour entendre ce que tu as a me dire. »

"Bon, je te raconte cette histoire comme il me l’a raconté 100 fois. » Puis il commence son histoire sur un ton monocorde comme s’il la connaissait par cœur :

« Un jour, il se baladait dans les bois, comme à son habitude, et il a entendu un chant mélodieux. Charmé par cette mélopée, il s’est approché de sa source. Plus il se rapprochait et plus il se sentait envoûté, jusqu’au moment ou il a débouché sur un petit étang. Le chant a alors pris une ampleur immense. Tout son corps était enivrés, et c’est là qu’il la vue, une femme d’une beauté si grande que chacun de ses mouvements était une flatterie pour les Dieux, du moins, c’est comme ça qu’il l’a décrite. Il l’avait surprise pendant son bain mais par chance, elle ne l’avait pas vu. Sa chevelure était longue et blonde avec des reflets plus sombres, et sous cette masse bouclée dépassaient des oreilles pointues. 1000 fois il m’a décrit la perfection de ses courbes mais je te passe les détails. Après un certain temps, elle s’en est allé, mais lui se trouvait incapable de faire le moindre geste pendant une heure après son départ. Il s’en est énormément voulu pour ne pas lui avoir parlé et l’avoir laissé filer. Personnellement, je crois que c’était juste une femme très belle et que cet abruti a eu son premier émoi sexuel. En tout cas, il s’est mis dans la tête que c’était une créature mythique, alors il a cherché dans des descriptions de voyageurs et il a trouvé ce qui correspondait le plus : une nymphe..."

Nestor tente de se retenir de rire : « Ce que cet idiot a cherché pendant 3 ans sans succès, c’est une créature mythique !!! » Puis il éclate de rire une fois de plus, mais cette fois, il ne semble pas vouloir s’arrêter. Créos a un sourire mystérieux qui provoque l’arrêt du rire de Nestor au bout d’une dizaine de secondes.

« Et ensuite, que s’est-il passé ? »

« Hé bien il s’est retranché sur des proies moins difficiles à atteindre, et il a tenté de rattraper le temps perdu avec toutes les femmes qu’il pouvait trouver. Il avait du charme, il faut bien lui reconnaître mais il se tournait un peu trop souvent vers des femmes mariées. »

« Pourtant, il était encore jeune non ? »

« Bien il a commencé à tutoyer les plaisirs vers 16 ans comme moi, mais tu sais ici à Argos comme dans le reste de la Grèce, il y a beaucoup de femmes dont les maris ont des préférences un peu différentes...Mais ce n’est pas avec eux que Sylas a eu des problèmes, c’est avec ceux qui aimaient leur femme... »

« Quels genre de problèmes a t-il eu ? »

« Des problèmes assez gros pour qu’il ait à quitter la ville quelques temps... »

« Et sa quête de la nymphe, avait-il l’intention de la poursuivre ? »

« Oui, cet idiot s’accordait un peu de repos disait-il, avant de repartir à sa recherche. Il est venu me voir après son absence de 1 an mais nous étions fâchés et je n’ai pas prêté beaucoup d’attention à ce qu’il avait à me dire. Il a baragouiné un truc à propos d’un sanglier et d’un arc cassé, d’une offense qu’il aurait faite à Era et d’une malédiction, mais il été sale et puait comme cinq boucs. Ses cheveux et sa barbe avaient beaucoup poussés et je dois dire que je me suis posé la question de savoir si il était devenu fou, mais lors de son discours devant l’assemblée quelques jours plus tard, il semblait à nouveau clair... »

« Et la dernière fois que tu l’as vu, c’est pendant son discours ? »

« Oui ! Et maintenant une dernière chose avant que j’aille manger, cet homme ne vaut pas la peine que tu te donnes »

« Lorsque je vois le sourire rêveur que ta femme porte sur le visage en ce moment même, je me dis que tu n’es pas objectif lorsque l’on parle de Sylas. »

Le visage de Nestor devient rouge de colère « pars maintenant, ou je ne réponds de rien. »

« Je m’en vais »

Créos s’éloigne de quelques mètres, se retourne et dit :« Au fait Nestor, Sylas, il l’a trouvé sa nymphe, elle s’appelle Actaée ! » Et le vieil homme s’éloigne dans le dédale des rues alors que l’air devient plus doux et que l’obscurité gagne peu à peu la ville.

 ***

Créos est retourné chez le riche marchand qui l’héberge, et dès que la politesse le permet, il monte dans sa chambre...

Dans l’obscurité, il allume une lampe à huile et s’assied sur un petit tabouret. Pendant quelques secondes, il farfouille dans sa sacoche et en tire quelques morceaux de Papyrus acquis à pris d’or auprès d’un marchand Phénicien. Après s’être muni de sa plume et d’un peu d’encre, il commence à écrire en prenant bien soin d’économiser la place.

« Mes recherches à Argos m’ont bien renseigné sur Sylas, j’ai dîné chez sa famille et j’ai parlé avec nombre de ses connaissances. Il en est ressorti plusieurs chose : Tout d’abord une description physique poussée, puis une description morale lacunaire car, je pense, peux de personnes le connaissent vraiment. Il est de taille moyenne à grand selon les descriptions, il a les cheveux châtains, longs jusqu’au cou (aux dernières nouvelles), il a les yeux verts et la peau matte des paysans qui travaillent au soleil. Il n’est pas caractérisé par une grande force physique mais certains parlent en le décrivant d’un homme vif et habile. Un vieil homme maniéré me l’a décrit comme un jeune homme entrant dans l’âge adulte, beau comme un éphèbe, mais trop viril et impétueux pour se soumettre a quiconque. J’ai dans l’idée que cet homme s’y est cassé les dents. On m’a beaucoup parlé de son charme et de sa verve, surtout dans les tavernes, que semble t-il, il fréquente assidûment. Son goût pour les femmes ainsi que son manque de respect pour les règles lui ont apparemment posé quelques problèmes. Jusque là donc, je dispose de peu d’attributs héroïques à mettre en valeur, mais en creusant un peu, certaines qualités reviennent invariablement à mes oreilles. Tout d’abord son courage et sa fougue, ensuite sa très grande liberté et sa volonté de se forger un destin... Mon problème est le suivant : si ce que certains de ses amis m’ont dit est vrai, il semble que le destin qu’il poursuit est celui de forniquer avec une Nymphe pour s’assurer une engeance divine... Reste les mystères de son parcours au cours de ses voyages entre 13 et 16 ans, et celui de son absence l’an dernier jusqu’à sa réapparition toute récente. Je commence à me dire que je vais devoir aller l’interroger directement... »

Créos reste un moment à méditer sa dernière phrase, puis il gagne la fenêtre de sa chambre. Là, il sent la douceur de la nuit et écoute les bruits de la ville endormie...

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